UNE FETE MIAO AU VILLAGE

Posté par: Véronique De Buyser Dans: Root Sur: mercredi, octobre 30, 2019 Commentaire: 0 Frapper: 2050

une fête Miao au village, 

Le matin se lève à peine et c'est déjà l'effervescence dans lamaison. Aujourd'hui, c'est jour de fête dans un village voisin et pas n'importe quelle fête. On sort les beaux costumes !

Cela fait déjà une semaine qu'on en parle en famille. Toutes les femmes de la maison ont décidé de nous habiller à la mode miao. Marion et moi avons bien tenté d'émettre quelques réticences et objections mais rien n'y fait. Allez convaincre une femme miao de changer sa décision, c'est presque mission impossible !

Nous y voilà donc. Dès le réveil, la première opération est de nous coiffer avec le chignon traditionnel. Pour ce faire, nous avons acheté de faux cheveux, les nôtres n'étant pas assez longs, comme ceux des jeunes d'ailleurs. Liu Jie elle aussi a rejouté plusieurs longues mèches dont certaines héritées de sa mère.

Nous les laissons nous transformer progressivement en Miao. La tête en avant, le palmier de nos pauvres cheveux tirés sur le haut du crâne, très en avant, nous sommes rapidement affublées de cette mèche factice qui se transforme avec dextérité en un magnifique chignon noué auquel il faut bien sûr rajouter une fleur (en plastique hélas). Nous convenons que nous nous passerons du bandeau rouge typique de cette région et que nos amies affectionnent.

Pendant ce temps, Ayi (tante en chinois) sort avec précaution bijoux et tenues brodées précieusement conservées au fond d'un placard, il y en a assez pour tout le monde : Liu Jie et sa cousine en porteront des neuves fraîchement terminées avec de nouvelles borderies dont nous admirons laprécision, Marion et moi nous aurons droit aux anciennes tenues de nos amies... qui n'ont été portées qu'une ou deux fois. Tant de travail pour si peu nous laisse sans voix !

Le village n'est pas loin mais nous en profitons pour aller dormir chez une tante qui est sur place et que nos amies n'ont pas vu depuis longtemps. Le mini-van qui vient nous chercher est grand et confortable, il peut accueillir 6 personnes mais il est vite rempli, nous nous entassons : 7 adultes, 2 enfants, une valise qui contient les costumes et les bijoux, 2 poules en cadeau pour notre hôte..qui remplissent la voiture d'une odeur de fientes peu ragoûtante !

La fête commence cet après-midi, nous sommes bichonnées, coiffées, maquillées, il ne nous reste plus qu'à nous parer du costume. Hélas, il pleut par intermittence et tant que la moindre goutte menace, il est hors de question de risquer d'abîmer nos tenues qui ne résitent pas à la pluie. Les vêtements de fête sont faits d'un tissu en coton tient à l'indigo et auquel on ajoute d'autres ingrédients afin de rendre la couleur plus jaune ou plus rouge, il peut s'agir de sang, de coquilles d'oeuf ou de poudre d'une pierre jaune. Ils sont ensuite martelés pendant des heures pour prendre un côté lustré et brillant mais ce faisant, l'opération leur fait perdre leur souplesse et la moindre goutte d'eau laisse une trace. Les broderies, faites à la main, rapportées sur la veste et le long tablier qui recouvre la jupe plissée sont elles aussi très sensibles à l'eau car les couleurs ne sont pas fixées chimiquement.

Déçues de ne pouvoir exhiber leurs nouvelles tenues lors des danses traditionnelles, nos amies décident d'improviser une séance photo à la maison. Les occasions de se parer sont relativement rares et nous sommes prêtes. C'est moins bien que de pouvoir les porter devant tout le monde mais c'est mieux que rien, au moins nous les aurons sorti de la valise ! 

Il n'y a qu'un petit miroir de visage et peu de lumière dans cette maison traditionnelle de campagne, en bois et aux rares fenêtres. C'est donc sur les photos que nous nous découvrons, Marion et moi, en tenue traditionnelle Miao. Nous sommes émerveillées par la finesse et le chatoiement coloré des broderies mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le costume n'est pas confortable. Le tissu de base est si raide qu'il est impossible de remettre les bras le long du corps et notre allure a tout d'un robot dont le haut du corps aurait été déconnecté. Nous partons en fou rire en nous rendant compte qu'il est impossible de se gratter le nez, ce qui ne gêne absolument pas nos amies : le costume de fête n'est pas fait pour vivre, c'est un vêtement de parade pour montrer l'habileté et la créativité de la femme et affirmer son attachement à une culture qui se perpétue dans cet art.

La séance photo terminée, Ayi, qui s'estime trop vieille pour parader et ne fait que nous aider à nous habiller, range nos costumes avec soin. Nous partons donc participer à la fête seulement vêtues du caraco traditionnellement bleu qui constitue la tenue traditionnelle quotidienne mais coiffées et bijoutées quand même. Avec regret pour nos amies pour qui la fête est incomplète et moins réussie sans les tenues brodées ; avec, il faut bien l'avouer, un peu de soulagement pour nous qui avons retrouvé notre liberté de mouvement. 

Le lendemain, malheureusement, le temps est toujours aussi menaçant mais nos amies ont toujours l'espoir de porter leurs si beaux habits chamarrés. La fête s'est déplacée dans un autre hameau et nous faisons halte dans une maison amie pour attendre une possible éclaircie. Notre arrivée avec la coiffure traditionnelle fait sensation et nous sommes tout de suite happées par le groupe.

L'ambiance y est déjà chaude, c'est une réunion de femmes (les enfants et les maris ont été priés de se trouver ailleurs) autour d'une table bien garnie et où l'alcool de riz fait maison coule à flot. Parmi les plats inhabituels, notre regard tombe vite sur une assiette d'insectes grillés au milieu de piments, petites sauterelles et quelques mantes religieuses ramassées par notre hôte. Nous trinquons plusieurs fois jusqu'à ce que nos nouvelles amies voient que notre taux d'alcool est suffisant pour que nous dépassions nos réticences et c'est presque d'autorité qu'elles nous présentent à chacune une sauterelle grillée entre deux baguettes en nous vantant leur goût apparement très apprécié par tous. Après tout, si nous nous intégrons en portant le costume, il faut aussi essayer les coutumes locales et c'est vrai que ce n'est pas mauvais, juste très craquant, on y retournerait presque !

Après 2 bonnes heures d'alcool et de chants, nous décidons de nous rendre à la fête, toujours sans les costumes mais, ce qui nous fait beaucoup rire, avec un haut parleur sur un diable qui diffuse de la disco chinoise. La fête bat son plein, ambiance kermesse dans la boue, entre danses traditionnelles autour d'un tambour pour les femmes et combat de buffles pour les hommes surtout. Le combat de buffles est une grande attraction, il n'y a pas de mise à mort, la victoire se décide dans la fuite d'un des deux combatttants. 

Au retour, dans la voiture qui nous ramène, un vrai soulagement : enlever ce chignon qui nous pèse et nous tire les cheveux et les traits. Pas facile tous les jours d'être miao ;-)

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