Pêche locale Miao

Un repas de fête chinois comporte obligatoirement du poisson or aujourd’hui c’est jour de fête. Mon amie Liu Jie m’annonce que nous allons chercher du poisson. Fort bien, mais bien que je vienne à peine d’arriver, je reste sceptique quant à la possibilité de trouver une poissonnerie dans ce village si pauvre où de nombreuses familles subviennent visiblement à peine à leur propre subsistance. Je n’imagine pas plus la famille entière aller se planter avec des cannes à pêche au bord du torrent qui coule à un bon kilomètre d’ici…

Nous partons, les mains vides, rejoindre le père et le frère de Liu Jie qui y sont déjà. Où donc ? Un attroupement s’est formé autour d’une de ces parcelles inondées attendant d’être mises en culture qui bordent la route. La moitié du village s’est déjà rassemblée, scrutant la surface et les bulles qui s’échappent de l’eau lourde et boueuse, avec force commentaires en langue locale.

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C’est donc là que se trouve la pisciculture familiale, dans les futurs champs de riz. L’ambiance est bon enfant, c’est l’attraction de la journée et cela ressemble à un jeu. Après une discussion animée, deux hommes au sourire malicieux commencent à rouler leur pantalon bien au-dessus du genou et à tirer sur leur caleçon long. Ils remontent les manches de leurs vestes rapiécées et pendant qu’ils enlèvent leurs tennis en toile dont l’espérance de vie a été prolongée jusqu’à la décrépitude totale, on leur amène deux paniers tressés sans fond. Ils pénètrent dans la rizière sous les encouragements et les exclamations bruyantes du public. Je ne comprends pas un traître mot de la langue locale mais ces deux-là semblent être des vedettes de la pêche en rizière.

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Extirpant à chaque pas leurs pieds de la vase argileuse, ils se déplacent dans le bassin à la recherche des bulles puis abattent d’un coup sec la nasse dans l’eau. La maintenant d’une main sur le fond, ils en fouillent l’intérieur à la recherche d’un poisson piégé. Chaque trouvaille est saluée comme il se doit par les spectateurs enthousiastes, même le vieux tireur de pipe impassible se laisse gagner par l’excitation du jeu. Une rivalité amicale lie nos deux fouilleurs de vase, ils accélèrent le rythme pour attraper plus de poissons que leur complice, ne les ramènent plus au bord mais les lancent vers les spectateurs.

Tout le monde s’amuse comme des enfants. Et bientôt ce sont quatorze poissons qui tournent en rond dans un seau, une belle prise ! Les pêcheurs, fatigués mais heureux et félicités, se dirigent enfin vers le bord, la récréation est terminée. Pendant que chacun retourne nonchalamment à ses occupations, nous remontons à la maison préparer une partie de cette pêche pour le repas. Il est pas frais, mon poisson ? Liangtiancun, avril 2009